ETHNO-BOTANIQUE NORD- FRANC-COMTOISE
Pour la partie Montbéliardaise des Départements du Doubs, de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort
Situé entre Vosges et Jura, dans le prolongement d’un lieu appelé « La porte de Bourgogne » ou « Trouée de Belfort »,le Pays de Montbéliard, la Haute-Saône Héricourtoise et une majeure partie du Territoire de Belfort ont hérité d’un passé historique particulier, lié d’une part à la domination, pendant des siècles, des Princes de Wurtemberg-Montbéliard très intéressés par les sciences de la nature, et d’autre part aux relations très étroites de ce petit pays francophone avec la Russie et sa proximité avec la Suisse
-En premier lieu, ces princes, faisant partie du Saint empire Romain Germanique, ont participé à diverses croisades, y compris à celle qui échoua aux portes de Damas, et qui se traduisit par………… un voyage « pour des prunes »… car ils rapportèrent plusieurs variétés de prunes mais aussi la pomme « Arménienne »replantée par un ancêtre du Marquis de Moustier et retrouvée dans leur propriété en 1979.
-En second lieu, la princesse Sophie-Dorothée de Montbéliard-Wurtemberg (1759-1858) a épousé le Tsar Paul 1er de Russie, et fut la mère de deux Tsars suivants, Alexandre 1er et Nicolas 1er. Depuis sa nouvelle résidence russe, elle a appelé à son service bon nombre d’hommes et femmes de Montbéliard, dénommés « russiens», qui revinrent au Pays avec des graines, des boutures et des greffons issus des plantes cultivées dans cet immense royaume.
-En troisième lieu, la principauté de Montbéliard a souvent bénéficié d’une grande liberté religieuse. De ce fait beaucoup de populations persécutées pour faits religieux, notamment des anabaptistes, se sont réfugiées en cette terre d’asile. Pour les accueillir le Prince Frédéric a même créé de toutes pièces, au moins un village portant le nom de son fondateur, Frédéric-Fontaine.
-En quatrième lieu….il parait évident que la nature du sol ou des terrains se prête parfaitement à la culture de toutes les espèces fruitières non méditerranéennes, dans les nombreuses variétés qu’elles comportent
-En cinquième lieu, il faut noter qu’une partie de la Suisse, notamment la ville de Porrentruy, capitale du Pays d’Ajoie, fut préfecture puis sous-préfecture de l’ancien département français du « Mont Terrible» jusqu’en 1800,
puis du département du Haut-Rhin jusqu’en1815.
Toutes ces relations ont engendré d’importants mouvements et échanges de populations, qui se sont attachées à importer avec elles, de nombreuses espèces et variétés de fruits et les «us et coutumes » correspondants.
Les échanges entre le Bade-Wurtemberg, la Russie, l’Alsace et la Suisse voisine ont contribué à façonner un paysage fruitier particulièrement riche et varié, mélangeant harmonieusement les cultures vivrières composées essentiellement de « variétés paysannes » et les cultures de fruits de luxe réputés considérés comme « variétés bourgeoises »/
Par exemple :
- De Damas nous sont arrivées plusieurs souches de prunes, notamment Damas noir et Damassine qui par hybridations
probables avec des variétés locales et certaines Reines Claude, nous ont donné, Damas de Septembre, Toutplaquet, Boetchat, Voyenotte (Prune des regains) et Vouedjnotte (Petite verte)
différentes petites Coitches, et même des variétés à très gros fruits appelées« Vaches » ou « Maman Ninie »…etc.
( Voir Photos prunes Damassine et Damas)
- La région a bénéficié de l’esprit créatif des familles anabaptistes non tolérées en Suisse, et réfugiées au Pays de Montbéliard. Ces « émigrés » ont été les créateurs, par sélections successives, de nombreuses variétés de fruits, mais aussi de la célèbre race de vache montbéliarde connue partout en Europe et même plus loin,ainsi q'une variété de Pomme de Terre. appelée "La Clémonière" parce que née, parait-il, à Clémont près de Montécheroux au Lomont
- De leurs créations, il nous reste plusieurs pommes portant leurs noms de famille,dont la « Lion d’Hiver », la « Lion d’été », la « Lion blanc », la « Widmer » diverses pommes « Pape » et probablement la cerise « Lionner » ( voir Photos pomme Lion d'hiver et cerise Lionner).
- Du Bade-Wurtemberg , d’Alsace ou de Suisse alémanique nous sont parvenues les pommes Bohnapfel, Maiapfel, Lederapfel, Glockenapfel, Weinapfel, Chriskindler, les poires Wasserbyren, Herrenbyren, Lederbyren, les prunes Sperkling, les cerises Süsshänner et Noire de Montreux. La plupart de ces variétés ont été débaptisées à la suite des deux guerres mondiales,(car leurs noms de consonance allemande étaient mal acceptés) pour être rebaptisées de noms « bien de chez nous »comme Reine-Marguerite , pomme de Mai, Saint Nicolas, et même la cerise Suzanne par déformation de l'allemand ¨Susshänner....etc …..
- De Russie nous sont venues surtout des Pommes telles que Borowitski, Antonowka, Sans-Pareille de Borowinka, Astrakan blanc et Astrakan rouge,Titowka, plusieurs pomme dites « De moisson »telles que « Pierre le Grand » et même les variétés Sävstahölm et Reine Sophie d’origine suédoise ( Voir Photo de S.P. de Borowinka)
Puis il faut citer les importants travaux sur les fruits du Docteur Jehan BAUHIN (1541-1612) qui décrit ,dessins à l'appui, quelques 63 variétés de pommes 56 variétés de poires et une vingtaine de variétés de vignes.(Voir l’article qui lui est consacré ci-après)
Certains fruits datant de cette époque ont été retrouvés par les Croqueurs de Pommes, mais hélas beaucoup ont changé de nom au fil des années. D’autres
existent peut-être encore mais ces changements d’identité compliquent les recherches. Ainsi la « Pomme Blanche de Zurich » est devenue « Calville Blanc d’hiver », la
pomme « Grand-Tétin » est devenue « Figue d’été » la « Pentagonale » est devenue « Api étoilée » la poire
« Muscatellina » est devenue la « Poire de Jésus » et la « Petite muscadelle » est devenue « Sept en gueule »
( Voir Photos de Pentagonale Muscatellina rubra). Les autres exemples sont nombreux et variés.
Plus tard et par la suite, à la fin du 18e Siècle et au cours des 19e et 20e siècle, l’importante industrialisation de la région a vu naitre des « ouvriers–paysans » qui mariaient activités industrielles ou horlogères et travaux de ferme sur de très petites exploitations, en développant au maximum les cultures vivrières en fruits et légumes, ainsi que les produits transformés tels que « eau de vie », cidre, poiré et jus de fruits et surtout fruits séchés et en conserves
Ils cultivaient ainsi le maximum de variétés propices à obtenir des produits de qualité ou destinées être consommées tout au long de l’année.
Les grands centres industriels que constituaient les unités de production horlogères et mécaniques de Peugeot, Japy, Alsthom, les Tissages,Filages et Filatures(D.M.C.) créées sur la région, auxquels il faut ajouter les Mines de fer, de Charbon et les Forges qui les entouraient ,avaient besoin de beaucoup de main-d’œuvre et ils ont fait appel à des ouvriers venus des régions rurales ou peu industrialisées, ou même de pays étrangers.(notamment Pologne, Italie, Espagne)
Ces populations nouvelles ont, elles aussi, apporté avec elles, diverses variétés de fruits de leurs régions auxquelles elles tenaient particulièrement , sans pour autant avoir conservé la mémoire de leurs noms exacts.
C’est un travail considérable que d’identifier un tel panel et une telle richesse de variétés venues de partout. On a recensé et répertorié sur ce petit territoire, pas moins de 850 variétés de Pommes , 300 variétés de Poires, 200 variétésde Prunes et 150 variétés de Cerises dont plus des 4/5 ont été parfaitement identifiées.
Il existe en outre des Coings, Nèfles, Cormes et Cornouilles, de nombreux Petits fruits ou Fruits rouges ainsi que Noix, Noisettes, Châtaignes.
Toutes ces espèces et variétés et la multitude de petits vergers qui les contiennent sont donc une illustration très vivante d’un pan important de l’histoire et des "us et coutumes" de la population de cette portion de Pays située au Nord-Est de la Franche-Comté.
Georges GUEUTAL
Président des Croqueurs de Pommes du Doubs
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